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Royale Union Athoise des Etudiants de Louvain
introduction
vie quotidienne des étudiants sous l'ancien régime
Préliminaires. La Royale Union Athoise des Etudiants de Louvain, plus communément appelée "L'Athoise", est une association de fait dénommée "régionale", qui a été créée à la fin du XIXème siècle par des étudiants athois de l'Université de Louvain. Son but premier est de réunir les étudiants de l'UCL provenant de la ville d'Ath et de ses régions avoisinantes. Si elle existe encore aujourd'hui, bien des choses séparent l'étudiant de la fin du XIXème siècle de l'étudiant d'aujourd'hui, dans son mode de vie et sa mentalité. Les événements et circonstances politiques, économiques, sociales et même linguistiques ont contribué à ces changements. Nous proposons dans cette étude de donner un aperçu général de la vie quotidienne des étudiants de l'UCL à partir de la fin du XIXème siècle, et, plus particulièrement, de donner un aperçu des activités et du mode de fonctionnement de la Royale Union Athoise des Etudiants de Louvain. Au travers de la rétrospective de cette régionale, nous pourrons appréhender le style de vie de l'étudiant louvaniste participant aux activités spécifiques proposées par ces associations. Après avoir donné un aperçu des sources et travaux consultés, ainsi que leur problématique, une rapide introduction sur la vie quotidienne des étudiants sous l'Ancien Régime est commentée. L'étude proprement dite est divisée en trois périodes distinctes, séparées par les deux guerres mondiales qui ont marqué le XXème siècle. Pour chaque période, un contexte général présente les traits caractéristiques de la vie quotidienne de l'étudiant de Louvain ; ensuite, les événements marquants de l'histoire de l'Athoise sont mentionnés et commentés. Les sources et travaux à notre disposition.
L'Université de Louvain est instituée par une bulle pontificale de Martin V, le 9 décembre 1425. Les locaux et bâtiments nécessaires à l'Université sont fournis par les bourgeois de Louvain, qui acceptent d'affranchir de toutes taxes les marchandises à destination de l'Université, et de se défaire de tous droits de juridiction sur les étudiants et les professeurs, au profit du recteur. Toutefois, ces privilèges vont être contestés à certains moments, soit par les autorités communales, soit par le seigneur dont dépend le duché de Brabant. L'étudiant voulant s'inscrire doit obéissance, respect des statuts et maintien de la paix et de la tranquillité, en échange de quoi il bénéficie des nombreux privilèges attenant au statut de "suppôt" de l'Université. Le recrutement initial est surtout régional : les étudiants sont originaires pour la plupart des provinces de Brabant et de Flandre. Pour certains, vivre dans des pédagogies, au régime de discipline très strict, est obligatoire. Toutefois, les autres étudiants, après l'inscription, se mettent à la recherche d'un logement chez les bourgeois de la ville, dont l'honorabilité est contrôlée par l'administration rectorale. Très tôt va apparaître une division entre "Nations" dans chaque faculté. Ainsi, le 31 janvier 1435, la Faculté des Arts est divisée en quatre nations : Galliae (les étudiants venant de France, Cambrai et pays de Liège), Flandriae (ceux des comtés de Flandre, Hainaut, Namur et la ville de Malines), Hollandiae (Hollande, Frise, Zélande, Utrecht et les pays du Nord tels l'Angleterre et la Scandinavie), Brabantiae (Brabant, Limbourg et Luxembourg). Toutefois, cette division ne représente qu'un caractère artificiel et administratif, permettant aux autorités universitaires de traiter plus facilement avec les étudiants. Cette organisation va laisser la place à partir du XVIIème siècle à un regroupement des étudiants dans chaque faculté sur une base régionale : des groupements régionaux, des congrégations vont se créer dans chaque faculté, puis celles-ci vont se regrouper selon l'orientation de leurs études et vont donner naissance aux futurs cercles facultaires. Ces sociétés organisent des assemblées dans les cabarets de la ville qui, comme les régionales du XXème siècle, dégénèrent souvent en beuveries. En effet, dès le XVème siècle et durant tout l'Ancien Régime, il est courant que les étudiants se fassent remarquer par certains débordements : visites de tavernes, pratique des jeux de hasard, excès commis au cours de l'initiation des "béjaunes" (les bleus). Certains, une minorité, se signalent par des tapages nocturnes, en brisant les fenêtres des habitations bourgeoises de la ville, en provoquant les sergents de ville, des bagarres et des règlements de compte entre étudiants. Ces étudiants, les "noctivagi" ou "coureurs de nuit" boivent ferme et s'en prennent aux bourgeois de la ville. Des amendes et des menaces d'exclusion sont employées par le recteur afin d'essayer d'y mettre fin, sans grands succès. Dès 1476, il est interdit de parcourir les rues de la ville après 9 heures l'hiver, 10 heures l'été ; une "police" rectorale est instituée : elle peut arrêter tout étudiant pris après l'heure dans les tavernes, maisons publiques et endroits de prostitution. La fréquentation des bars et tavernes est un trait dominant chez les étudiants louvanistes. La boisson fournit aux étudiants soumis à une discipline stricte un moyen de "s'évader". Ce n'est pas un hasard si les brasseurs prennent la place des drapiers dans la ville de Louvain. Les étudiants, de même que les bourgeois de Louvain sont qualifiés de "bons vivants". Nous avons vu qu'une minorité d'étudiants louvanistes, dès le XVème siècle, ont coutume de se faire remarquer au cours de tapages nocturnes, de rixes et de bagarres, de chahuts des bourgeois de Louvain, ... . Toutefois, cela ne veut pas dire que ces actions sont le fait de tous les étudiants ; ceux vivant dans les collèges et les pédagogies, au régime disciplinaire très strict, sont moins turbulents par crainte de perdre la bourse et le bénéfice de la gratuité de l'établissement. Les divertissements les plus suivis par les étudiants sont, tout au long de l'histoire de l'Université de Louvain, la fréquentation des cabarets, des théâtres et parfois des lieux de prostitution. De plus, la pratique des jeux de hasard est fort prisée, ce qui provoque assez souvent des rixes entre étudiants.
Contexte général. A cette époque, la population estudiantine se compose de jeunes gens provenant de milieux fort aisés, car les dépenses comme l'inscription à l'Université, la location d'un kot et les loisirs, dépassent le salaire annuel des ouvriers les mieux payés à l'époque. De plus, beaucoup d'entre-eux "venaient à l'Université pour y passer quelques années agréables en cultivant leur esprit, plutôt que pour y conquérir un diplôme". Les difficultés de transport (certaines régions ne connaissent pas encore un bon service de chemins de fer) contraignent la majorité des étudiants à rester à Louvain pendant un mois, voire un trimestre. Un autre facteur contribue à la naissance des associations régionales des étudiants : l'augmentation de la population estudiantine dans les années 1870 (plus de 50 % en dix ans), due à la conjoncture économique de l'époque permettant aux familles de la petite bourgeoisie moins aisées d'assumer les frais d'études universitaires. De plus, "le besoin, le désir du groupement se sont fait sentir (...) on a compris l'utilité de cadres organisés et réguliers". Cela explique l'émergence des provinciales durant les années 1880 : ces associations regroupent les étudiants sur une base régionale et leur proposent des activités sérieuses et d'autres plus récréatives. Un des principaux buts est de préparer "la future élite sociale à ses responsabilités sociales et politiques sur le plan local". En effet, le développement des différentes provinciales (la première, la Société Luxembourgeoise, est créée pendant l'année 1879-1880) s'inscrit dans le contexte politique de l'époque : la guerre scolaire entre les Catholiques d'une part, les Libéraux d'autre part, qui fait rage surtout entre les élections de 1879 et de 1884. Les préoccupations politiques de l'époque sont fortement prises en compte : en face des "haines sectaires de nos ennemis" sont développés les thèmes de religion et patrie ; l'Université de Louvain est perçue par les autorités ecclésiastiques et politiques comme une école devant fournir les futurs chefs politiques et des électeurs au Parti Catholique. Un autre but important est d'organiser des loisirs en commun et de nouer des liens d'amitié entre étudiants de même région. Les provinciales organisent, surtout le week-end, des conférences sur de multiples thèmes, mais aussi des activités ludiques telles que des concours de cartes, des petits voyages, des soirées de dégustations, .... dans les cafés de la ville ; La vie estudiantine à Louvain ne se conçoit pas sans les cafés, fort fréquentés par les "students" : beaucoup y passent bien plus de temps que dans les auditoires. Celui où se réunissent les Athois est le "Lyrique" ou l' "Hôtel du Centre". Traditionnellement, les réunions se terminent par une "roulade", où les étudiants font la tournée des cafés de la ville et déambulent dans les rues jusque tard dans la nuit. Les soirées comme l'élection du président et de son comité, ainsi que le baptême des bleus, rassemblent de nombreux étudiants. Au début du XXe siècle, les étudiants luxembourgeois fêtent la Saint-Nicolas par un cortège folklorique, qui va devenir, surtout après 1945, la grande attraction des régionales durant l'année académique. Une activité prisée par les étudiants d'avant 1914 est la participation dans une fanfare : chaque provinciale en possède une, qui participe à chaque réunion ou manifestation. Après 1914, la Fédération Wallonne va posséder sa propre fanfare, indispensable pour tout cortège ; celle-ci assiste aux réunions "bibitives" de certaines provinciales et régionales. Ces provinciales sont regroupées dans la Société Générale des Etudiants, souvent dénommée la Générale, fondée en 1878. Les associations qui l'ont composée à l'origine sont les cercles facultaires et les sociétés littéraires. Toutefois, dès 1888, la Générale ne regroupe plus que les provinciales wallonnes. En effet, des heurts entre étudiants wallons et flamands surgissent dans les années 1880 à propos de l'emploi du flamand dans certaines réunions : en 1888, puis en 1898, les provinciales flamandes quittent l'association. En 1902, la Générale est reconstituée sur une base nouvelle : la réunion de deux sociétés, la Fédération Wallonne (fondée en 1900) et le Vlaams Verbond, avec alternativement un président provenant de l'une des deux sociétés. Cependant, l'année 1908 voit le divorce définitif entre les étudiants flamands et wallons. L'Union Athoise. Fondée durant l'année 1884, l'Union Athoise regroupe essentiellement des étudiants de l'arrondissement administratif d'Ath et des anciens élèves du Collège Saint-Julien de cette même ville. Son premier président est Emile Gorlia, étudiant en droit et futur juge de paix à Ath. On ne peut dissocier l'émergence de cette société de l'essor du Parti Catholique dans l'arrondissement d'Ath à cette même époque. En effet, 1884 voit l'Association Conservatrice et Constitutionnelle de l'arrondissement d'Ath s'organiser et prendre conscience d'une possible victoire aux élections législatives du 8 juillet, en développant des comités cantonaux à Chièvres, Frasnes et Beloeil (ceux de Ath et Flobecq existant déjà), et en préconisant l'établissement d'une Jeune Garde Catholique à Ath. De 1857 à 1884, les Libéraux de l'arrondissement d'Ath avaient emporté toutes les élections. Lors des législatives du 8 juillet 1884, les Catholiques d'Ath réussissent à porter au poste de sénateur leur candidat, le comte Emile d'Oultremont, face au candidat libéral Joseph Descamps de Quevaucamps. A partir de cette année, le parti catholique athois déploie une activité incessante, et les législatives du 14 octobre 1894 voient le couronnement de leurs efforts : l'élection du Sénateur le comte Emile d'Oultremont, et des Représentants le comte Edouard de Rouillé et l'industriel Léon Cambier. Ce bouleversement, cette apparition massive des Catholiques dans la vie politique de l'arrondissement d'Ath est indissociable du développement de la société des étudiants athois à l'Université de Louvain durant cette période. De même, l'influence du Collège Saint-Julien dans l'émergence de l'Union Athoise est manifeste : le fait que l'abbé Ghigny, principal du Collège, est président d'honneur de la société est un indice sérieux. Les premières années de l'Union Athoise sont très mal connues. Elle constitue une "locale" de la Hennuyère, provinciale des étudiants de la province du Hainaut fondée le 18 décembre 1885 : ces locales correspondent aux six arrondissements administratifs de la province du Hainaut : Mons, Charleroi, Tournai, Ath, Thuin et Soignies. Les étudiants athois de l'Université de Louvain participent aux réunions de l'Athoise et de la Hennuyère. Ainsi par exemple, le baron Raoul du Sart, secrétaire particulier du gouverneur du Hainaut, vient à Louvain le 27 janvier 1887 à l'invitation de l'Union Athoise présenter une "causerie" sur "les revendications ouvrières" ; cette conférence rassemble trois cents étudiants. De même, lors d'une réunion de la Hennuyère le 19 novembre 1888, "Cézar Carlier membre de l'Union Athoise" présente une chanson ou un poème. Il semble que certaines activités de la société aient lieu en la ville d'Ath : ainsi, une activité théâtrale et musicale est organisée par les étudiants athois de Louvain dans la salle du Cercle Ouvrier d'Ath, le 9 avril 1888. Les statuts de l'Union Athoise sont rédigés sous la présidence de Louis Jéhansart durant l'année académique 1894-1895, plus précisément lors d'une assemblée générale tenue le 29 novembre 1894. Elle comprend trois types d'adhérents : les membres protecteurs (souvent des personnalités, telles le principal du Collège Saint-Julien le chanoine Walravens et le Représentant catholique de l'arrondissement d'Ath, le comte Edouard de Rouillé), les membres honoraires (les anciens étudiants) et les membres effectifs. La cotisation annuelle pour les membres protecteurs s'élève à 10 francs, tandis que les membres honoraires doivent payer 5 francs. Les membres effectifs sont soumis à une cotisation minimale de 2 francs, celle-ci étant majorée suivant le grade obtenu lors des derniers examens. Une commission est élue chaque année : elle est composée d'un président, qui dirige les réunions, d'un vice-président, d'un secrétaire et d'un trésorier. Le secrétaire doit plus particulièrement s'occuper des convocations des membres et des comptes-rendus des différentes réunions. Ces réunions se composent essentiellement d'une partie administrative (lecture des procès-verbaux, votes sur l'admission des membres, discussion d'une étude politique ou sociale) et d'une partie récréative. L'Union Athoise compte, en 1894-1895, 18
membres effectifs en plus des membres de la commission. Durant l'année
académique 1896-1897, elle rassemble 28 membres honoraires et 21 membres
effectifs : les différentes discussions portent sur les thèmes de
l'alcoolisme, sur les microbes, sur la famille et sur l'Hellénisme dans
l'humanisme. A côté de ces discussions, des activités récréatives sont
organisées, telles que l'improvisation d'un petit théâtre au fond de la
salle de réunion et une excursion à Anvers en juin 1897. Pendant les années 1902-1903, sous la présidence d'Emile Normand, l'Union Athoise compte près de 73 membres honoraires et 25 membres effectifs, sans compter la commission. Les différentes causeries portent sur l'historique de la ville d'Ath, sur les carrières de porphyre, et sur la formation des dunes. En mai 1903, les étudiants athois partent en voyage à Amsterdam. L'année se termine par le renouvellement du bureau, lors d'élections. A noter l'apparition au sein de la commission de la fonction de commissaire. L'année suivante, l'Athoise est présidée par René Dubois ; le 28 octobre 1903 a lieu le traditionnel baptême des bleus. Le 11 novembre de la même année, une conférence sur l'alcoolisme est suivie d'un concert. Le 25 novembre, nouvelle causerie sur le même thème, suivie d'un concert :
Le samedi 12 décembre, une séance extraordinaire est organisée : un cortège, précédé de la fanfare des étudiants, accueille les "étrangers" à la gare de Louvain ; un concert a lieu le soir. Le 13 janvier 1904, une causerie sur la morphinomanie est suivie par la célébration de la fête des rois ; cette coutume est un des moments forts de la société pendant l'année académique ; à cette occasion, le programme des festivités du XXème anniversaire de l'Union Athoise est communiqué. Le 20 et 21 février 1904, l'Athoise fête ses vingt années d'existence : elle offre à ses invités un vin d'honneur, puis un concert suivi d'une dégustation le premier jour ; une messe solennelle, une conférence, un banquet et un punch d'adieu composent la journée du lendemain. A cette occasion, le drapeau de la société, aux couleurs de la ville d'Ath et "confectionné par les demoiselles Walravens de Lessines", est béni lors de la célébration eucharistique ; de plus, le chant de la régionale est composé pour la circonstance : il est intitulé "Calotins Athois". A cette époque, les "locales" organisent en moyenne deux réunions au premier trimestre, deux ou trois au second trimestre et le même nombre au dernier trimestre ; il faut également compter les soirées de la provinciale Hennuyère. C'est durant cette période que les étudiants wallons et flamands de Louvain cherchent à se démarquer les uns des autres par une coiffe distinctive. La toque, ou calotte, née à la fin du XIXème siècle, ne devient effectivement le couvre-chef officiel des étudiants catholiques wallons qu'après 1918. Durant de nombreuses années, les régionales ont voulu adopter des coiffes particulières. Ainsi, en 1906-1907, le vice-président de l'Union Athoise, d'Harveng, propose pour les étudiants athois une casquette rouge avec une penne noire ; toutefois, celle-ci est remarquée par les Flamands qui l'adoptent, contraignant les Athois à l'abandonner. Cette année, les causeries portent sur les thèmes de l'hypnotisme, la psychothérapie, les oeuvres sociales et les syndicats professionnels. En février 1909, l'Union Athoise fête ses 25 ans d'existence, selon le même programme des festivités qu'en 1904. Sous la présidence de Georges Willocq, l'année académique 1909-1910 voit la tenue de plusieurs conférences sur la question syndicale et la question scolaire, le travail à domicile et l'enseignement. Toutefois, aucune excursion n'est organisée cette année, à cause de l'état des finances de la régionale ; seule une visite à l'exposition universelle de Bruxelles a lieu. La régionale compte à cette époque 45 membres honoraires et 28 membres effectifs. Arrivent les événements de l'année 1914. A la fin du mois d'août, les Allemands mettent le feu à plusieurs bâtiments de la ville de Louvain, en représailles des actions de prétendus francs-tireurs : les Halles universitaires sont détruites, de précieux livres de la bibliothèque universitaire perdus à jamais. Pendant les quatre années de guerre, les cours sont suspendus.
Contexte général. L'Université de Louvain, après la Grande Guerre, n'ouvre ses portes que le 21 janvier 1919. Les conditions de vie des étudiants changent quelque peu par rapport à l'avant-guerre, où le style bourgeois prédominait. L'appauvrissement des classes dirigeantes, l'arrivée à l'Université de jeunes gens d'origine modeste fait en sorte que "le diplôme devient pour la plupart l'objectif essentiel". C'est ainsi que, malgré les efforts des présidents de régionales pour garder les traditions d'autrefois, le style de vie de l'étudiant brosseur et "rouleur" s'atténue parmi l'ensemble des étudiants. De plus, la généralisation du retour hebdomadaire en famille et l'augmentation du nombre de navetteurs précipitent le mouvement : beaucoup d'étudiants viennent à Louvain pour suivre les cours et ne participent pas aux loisirs proposés par les régionales, et plus généralement à la vie culturelle de Louvain. Enfin, l'arrivée des filles à l'Université contribue au recul du style de vie "breughelien" dans les années 1930. En réaction à ces changements socio-culturels, les régionales vont de plus en plus se refermer sur elles-mêmes et délaisser l'aspect sérieux des réunions d'avant-guerre au profit des soirées guindaillantes et des roulades. Les régionales n'ont plus que quelques réunions l'année. Cet aspect de "beuverie" finit par discréditer les régionales auprès de nombreux étudiants ; en effet, "tout au long de leur existence (...), le principal grief formulé à l'adresse des provinciales était leur penchant pour la guindaille", les activités politiques, sociales et culturelles s'organisant et se développant presque toujours en marge de la Fédé et des régionales. En effet, bon nombre d'étudiants vont se tourner vers les problèmes politiques durant l'entre-deux-guerres ; deux questions agitent à ce moment la vie universitaire : la question flamande, et l'attraction constituée par L'Action Française et la pensée maurassienne. Cela ne signifie pas la disparition totale de ce style de vie : les distractions quotidiennes ne manquent pas, et les cortèges, revues et grandes farces (notamment celles de Léon Degrelle...) sont toujours là pour rompre la monotonie de l'année académique. L'Union Athoise. L'Union Athoise, après les épreuves de la Première Guerre mondiale, ressuscite au début de l'année 1920 "grâce au dévouement du camarade Wallemacq". A cette occasion a lieu la présentation du nouveau bureau de la société, suivie d'une série de chants, guindailles et petites scènes. L'année suivante, la régionale organise, sous la présidence d'Emile De Sénépart, des réunions où la partie récréative prend de plus en plus d'importance : celles-ci se tiennent à l'époque "chez Dominique" et se terminent vers 23 heures, suivies généralement par une roulade dans les cafés de Louvain. Ce n'est qu'aux environs du mois de juin 1920 que la Fédération Wallonne est reconstituée, tandis que la Hennuyère l'est à son tour le 20 janvier 1921. Durant l'année académique 1921-1922, le président
de l'Union Athoise, Edmond Flasse, cumule cette fonction avec celle
de président de la Fédé. En février est créée une nouvelle
régionale : la Lessinoise. Son président est Alexis Meynsbruggen
(vice-président de l'Union Athoise), et ses membres se font appeler
les "francs-carriers".
L'année académique 1923-1924 voit une année
exceptionnelle, semble-t-il. Sous la présidence d'Adrien Juste, certains
Athois se distinguent, dans les roulades, en défiant les "pandoeren" (les
policiers, dans le jargon étudiant) ou en escaladant les murs afin de
s'introduire dans les pédagogies des étudiantes. Les années suivantes sont fort mal connues. Lors des années 1925-1926 et 1926-1927, l'Union Athoise n'est plus mentionnée dans la présentation traditionnelle des régionales et de leur comité. Toutefois, en novembre 1928, la société organise une soirée artistique à Ath : elle présente, en compagnie d'actrices professionnelles, "Le médecin malgré lui", une pièce de théâtre de Molière. Une soirée identique sera donnée deux ans plus tard à Ath, à l'occasion du centenaire de l'indépendance de la Belgique et du 45ème anniversaire de la société ; cette même année, les réunions se font toujours dans la joie et la bonne humeur, et même avec une certaine improvisation :
Au fil des années, les réunions se poursuivent, toujours aussi "guindaillantes". Après le chant de la régionale, "tous les vieux cantiques défilent dans un silence relatif", tandis que les cruches sont remplies de bière. Puis, l'on passe à l'ordre du jour ou bien à une activité spéciale comme le roi des bleus. Lors de l'année académique 1931-1932, le baptême des bleus se fait au café "Christophe" : après avoir récité la définition du "fifrelin" et avoir ingurgité quantité d'a-fonds, les bleus sont soumis à l'épreuve du roi des bleus. Après le "tempus" vient le temps des guindailles et des chants. A la fin de la soirée, les étudiants partent en roulade. A cette époque sévit la crise économique, conséquence du "crash" boursier de 1929. Une des principales sources de financement des régionales, la vente de cartes de membres, ne suffit plus. Certains remèdes sont proposés, tels l'organisation de cartes de "baes" (le propriétaire du kot, en jargon étudiant), les cotisations des bourgeois, l'institution de présidents et membres d'honneur, l'organisation de bals, la création d'un restaurant wallon.... A partir de 1934, la Royale Union Athoise (elle aurait acquis le titre de "Royale" à la suite de son cinquantième anniversaire) entre dans une période sombre : les Athois la délaissent de plus en plus ; certaines réunions se composent de quatre à cinq membres seulement. Ce n'est qu'en 1937-1938, sous la présidence de Jules Mureau, que la régionale va de nouveau reprendre vigueur et faire parler d'elle. Son président instaure des soirées culturelles : il invite le principal du collège Saint-Julien, l'abbé Haustrate, à tenir une causerie sur le thème de "Ce que nous attendons de vous, universitaires", le 2 décembre 1937. En février 1938, une conférence est organisée au Cercle catholique Concordia à Ath : y est invité le reporter Chalux de "La Nation Belge". L'année suivante, l'Athoise organise de multiples activités, tant à Louvain qu'à Ath: réception bien arrosée d'une délégation d'étudiants hollandais, bal de gala organisé dans la Salle des Concerts à Ath le 4 février 1939 à l'occasion de son 55ème anniversaire, conférence au Cercle catholique Concordia par le Comte Eugène de Grunne le 7 mai 1939. Arrivent les temps troublés. Septembre 1939 : la "Drôle de Guerre" entre la France, la Grande-Bretagne contre le IIIème Reich allemand. La Fédération Wallonne, qui organise chaque année au moins un cortège d'étudiants à travers la ville, décide de ne pas en faire cette année-là, en solidarité avec les soldats belges. Le 21 avril 1940, l'Union Athoise organise un thé dansant à Ath, au profit de l'oeuvre locale "Pour nos soldats", qui remporte un vif succès. Mai 1940 : les Allemands envahissent pour la deuxième fois la Belgique. Plusieurs facteurs vont mettre un frein à l'activité traditionnelle des régionales. D'abord, des problèmes de nourriture, de chauffage et de transport, qui sont inhérents à l'occupation. De plus, la tenue des réunions doit se faire avec l'aval des autorités occupantes ; l'instauration du couvre-feu, le risque des rafles, après l'instauration du travail obligatoire en 1942, la menace des bombardements alliés limitent sérieusement l'activité "bibitive" des régionales : l'Athoise n'organise que quelques réunions pendant l'année académique, qui ne regroupent qu'une quinzaine d'étudiants. De plus, tous les papiers, archives et argent de la société sont détruits lors du bombardement de la ville de Louvain, sans doute la nuit du 11 au 12 mai 1944. Ensuite, les étudiants, "soudain conscientisés", se lancent dans l'action sociale (l'aide universitaire aux prisonniers de guerre) et la défense des intérêts wallons. A cette époque, la Fédé crée en son sein le Centre d'Etudes Wallonnes. Les régionales tiennent des conférences et participent aux championnats de football. En 1942, "L'Ergot" peut dire : "Nous avons vu, en même temps, s'accroître dans les provinciales et les régionales un esprit de sérieux et de travail presque général" : le temps des "rouleurs" semble bien terminé... .
Contexte général. Suite aux événements militaires survenus à partir de juin 1944, les examens de fin d'années sont perturbés ; beaucoup d'étudiants ne peuvent passer leurs examens, à cause de la désorganisation des voies de chemin de fer (sabotages de la Résistance et bombardements des Alliés). En septembre 1944 a lieu la Libération, de sorte que la rentrée académique se déroule le 15 janvier 1945. Deux modifications importantes dans la vie quotidienne des étudiants wallons à Louvain se produisent au lendemain de la guerre : l'une, d'ordre matériel, et l'autre concernant le style de vie. En premier lieu, la crise du logement, après les destructions de la guerre et suite au nombre croissant d'étudiants inscrits à l'Université, atteint son paroxysme en 1950. De plus, les navetteurs deviennent de plus en plus nombreux grâce à l'essor et à la démocratisation de l'automobile. Ensuite, le budget moyen de l'étudiant régresse notablement, empêchant certains d'entre-eux de pouvoir prendre deux repas chauds par jour, ce qui entraîne la création du restaurant universitaire l'Alma. Finalement, le nombre croissant d'étudiants boursiers marque bien cette évolution : la création en 1949 du Centre Social Universitaire pour les étudiants nécessiteux montre que la plupart des étudiants ne sont plus ces fils de bourgeois qui pouvaient vivre sur les revenus de leur père, caractéristiques de l'époque de l'entre-deux-guerres et surtout de la Belle Epoque. Cette croissance du nombre d'étudiants boursiers et ces nouvelles conditions de vie modifient quelque peu le style de vie de l'étudiant wallon. En premier lieu, on ne se connaît pratiquement plus au sein-même d'une faculté. De plus, l'étudiant désire "de moins en moins apparaître comme un type à part". Finalement, l'étudiant fait preuve dorénavant d'un intérêt croissant pour les problèmes socio-économiques de son temps et les problèmes de la vie universitaire : ces préoccupations sociales et culturelles vont devenir de plus en plus le fait des cercles facultaires, au détriment des régionales. La Royale Union Athoise.
A cette époque, les étudiants de toutes les régionales participent aux activités proposées par la Fédération Wallonne : l'Assemblée Générale des bleus, le cortège de la Saint-Nicolas, où chaque régionale a un élément représentatif de son folklore, la ducasse wallonne ou ducasse Fédé, où les meilleurs guindailleurs de chaque régionale s'exercent dans leur talent, des déplacements carnavalesques, sportifs et touristiques,.... A côté des activités de la Fédé, chaque régionale organise des activités propres : les bleusailles, les traditionnels baptêmes des bleus, les réunions "bibitives", les soirées d'élections et le bal de gala dans la région d'origine. Les réunions "bibitives", à cette époque, sont subdivisées en culturelles, où les filles sont invitées, et en "bibitives" proprement dites, exclusivement réservées aux étudiants. Ces réunions se tiennent le plus souvent dans le café attitré de l'Athoise, d'abord "La Fourmi" puis "Le China". Beaucoup de culturelles, après le "tempus" pendant lequel les étudiantes doivent regagner leur pédagogie, dégénèrent en bibitives et sont suivies par une roulade jusqu'aux petites heures du matin. Les bals de gala se tiennent traditionnellement à Ath, au Palace ou au Kursaal, en habit de soirée et sur invitation privée ; si ceux-ci ont beaucoup de succès juste après la guerre, leur popularité va en décroissant au profit des thés dansants.
Ces nouvelles activités ne doivent pas faire oublier que les traditionnelles "bibitives" et roulades sont toujours populaires parmi les régionales. Le caractère "bibitif" des régionales va leur porter un rude coup durant les années 1960. En effet, les régionales sont de plus en plus délaissées par les étudiants, qui leur reprochent leur caractère de "beuverie". De plus, elles sont de plus en plus concurrencées par les cercles facultaires et la naissance du mouvement étudiant. Un rapport du vice-recteur Monseigneur Litt, en 1957-1958, est très révélateur de cette évolution :
Au cours des années 1950, plusieurs cris d'alarme sont lancés. De plus, l'attitude de certains présidents de régionales, accusés de "manque de sérieux, de caractère profiteur, voir même de malhonnêteté" contribue à ce mouvement de déclin. Cette évolution touche également le port de la calotte, dont la Fédération Wallonne assure la distribution : durant les années 1960, la calotte disparaît pratiquement. La Royale Union Athoise n'échappe pas à cette évolution. De 1960 à 1964, l'Athoise propose encore de multiples activités, sous les présidences de notamment Hubert Platiau et Christian Schol. Toutefois, dès l'année académique 1964-1965, l'Athoise entre dans une période de déclin et disparaît pratiquement de la scène universitaire, semble-t-il. Durant cette période sombre, on qualifie la régionale Athoise de "la Athoise-on-dort" ! Un article paru dans L'Ergot nous montre la difficulté que la régionale a à cette époque pour attirer les bleus :
Durant cette période sombre, la Fédération Wallonne devient en 1964 un organe de l'AGL, l'Assemblée Générale des étudiants de Louvain, portée sur les problèmes politiques et sociaux de la Wallonie : ce mouvement, créé en 1951 sous le nom d'Union Générale des étudiants du régime français, va absorber en 1964 ce qui reste des régionales et les cercles facultaires, ces derniers devenus très importants depuis 1950. Un peu plus tard, suite à la dégradation de l'image de marque des régionales, la Fédération Wallonne est exclue du journal qui est pourtant le sien : "L'Ergot". De plus, l'instauration d'un contrôle des études plus poussé contribue au recul de la vie traditionnelle des étudiants : apparaissent les épreuves partielles du mois de janvier en 1969-1970, des séminaires et travaux à remettre, qui échelonnent l'année académique, et accentuent la modification et la diminution des loisirs traditionnels des étudiants. Arrivent alors le mouvement étudiant de mai 1968, et surtout les événements qui vont, à partir de 1962, émailler la vie de l'université durant les années 1960 suite aux revendications linguistiques. Le nombre croissant d'étudiants et ces revendications linguistiques des flamingants, de plus en plus dures au fur et à mesure des années, obligent le rectorat ainsi que les autorités religieuses de prendre une décision. Celle-ci intervient en septembre 1968 grâce au politique : elle consacre la séparation de l'université en UCL et en KUL, et le déménagement de la partie francophone, à partir de 1970, vers Ottignies et ce qui va devenir la ville de Louvain-la-Neuve.
Contexte général. Le déménagement de la partie francophone de l'Université de Louvain sur le site de Louvain-la-Neuve et de Louvain-en-Woluwe ne s'est pas fait du jour au lendemain. Les premiers étudiants arrivent à Louvain-la-Neuve en octobre 1972, au nombre de 800 ; le déménagement complet est terminé sept ans plus tard, en 1979. Les facultés, à tour de rôle, s'installent sur leur nouveau site, la dernière à déménager étant celle de Philosophie et Lettres à partir de 1975. Ce déménagement contribue à la disparition de la plupart des régionales, déjà disparues ou à bout de souffle. Suite au phénomène de dispersion des étudiants et au nouveau cadre de vie tranchant avec celui de la ville de Louvain, les régionales vont disparaître, à une seule exception : la Lux ou Société Luxembourgeoise des étudiants de Louvain. Cette provinciale réussit à se maintenir, et malgré la dispersion des étudiants entre Louvain, Louvain-la-Neuve et Louvain-en-Woluwe, son premier président est élu en 1977 sur le site de Louvain-la-Neuve. Au sein de la Lux vont se regrouper bon nombre d'étudiants provenant de toutes les régions de la Wallonie, et "leur esprit spontané de folklore estudiantin va bien vite stimuler les pionniers des autres régionales". Les unes après les autres, d'année en année, les régionales réapparaissent, les comités se forment et les diverses activités sont mises sur pied et se multiplient. La Fédération Wallonne réapparaît également, et propose des manifestations diverses communes à toutes les régionales, comme la Semaine Fédé et le Carnaval. La Royale Union Athoise. Dès 1979, l'Athoise recommence ses activités : sous le nom de "Comité Etudiant du Pays Vert", cette société est organisée sur le site de Louvain-la-Neuve par Thierry D'Hondt, Philippe Berthe et Philippe Duprez . Dès cette année, elle propose de multiples activités, comme la participation aux 24 heures à pied d'Ath, la participation aux 24 heures vélo de Louvain-la-Neuve, une soirée d'ouverture au dancing Mackenzie à Brugelette, des soirées à Louvain-la-Neuve et à Rebaix, des concours de cartes, et la sortie d'un journal intitulé "A Tu et Athois".
En 1981, l'Athoise, à l'occasion du 500ème anniversaire du géant Goliath, organise une danse des géants Goliath et Mme Goliath lors d'une fête organisée par les résidents de Louvain-la-Neuve pour l'occasion. A côté des rendez-vous traditionnels qui échelonnent la vie estudiantine louvaniste, les étudiants athois mettent sur pied un festival de la chanson wallonne à Ath le 28 novembre 1981, avec le Gaumais Jean-Claude Watrin et le groupe Jean Chabot Beton ; cette manifestation accueille environ 200 personnes en la Salle Georges Rolland. Une centaine de membres participent aux activités culturelles, récréatives et sportives de la régionale. Jusqu'en 1986, la société continue à proposer diverses activités.
Toutefois, l'Athoise disparaît durant l'année académique 1986-1987, mais l'année suivante, plus précisément en février 1988, l'Athoise reparaît au premier plan grâce à des étudiants comme David De Roy, Laurent Postiau, .... La participation au cortège Fédé de l'année 1988 est exemplaire : 18 figurants représentant les révolutionnaires athois de 1830 et 14 musiciens. L'année 1988-1989, sous la présidence de David De Roy, voit la tenue, en collaboration avec La Maison des Historiens, d'une remarquable exposition du 7 au 19 mars 1989 aux Halles universitaires : "Le folklore des géants processionnels et de cortège". Plusieurs centaines de documents et des géants sont exposés. Depuis cette année, la société continue ses activités traditionnelles et reste un lieu de convivialité pour les étudiants de l'UCL de la région d'Ath et des environs.
La Royale Union Athoise des Etudiants de Louvain, créée en 1884 par des étudiants de l'Université de Louvain originaires de l'arrondissement d'Ath, est, avant la Première Guerre mondiale, une société d'agrément visant à entretenir des liens de fraternité entre les étudiants de la même région par de multiples activités, mais aussi une société destinée à fournir des futurs électeurs et cadres pour le Parti Catholique. Encouragée par l'autorité rectorale, l'émergence des sociétés régionales est contemporaine des événements politiques de la "Guerre scolaire" et du retour des Catholiques au pouvoir national et, plus particulièrement pour l'arrondissement d'Ath, du renouveau et du succès croissant de l'Association Constitutionnelle et Conservatrice aux élections législatives. En effet, certains étudiants qui ont fréquenté de près ou de loin l'Union Athoise ont occupé dans la vie active des positions politiques parfois importantes. L'exemple du premier président, Emile Gorlia, est éloquent : avocat, il est secrétaire de l'Association Conservatrice et Constitutionnelle d'Ath, puis juge de paix. De même, Adhémar Foucart, docteur en médecine et un des fondateurs de l'Union Athoise, qui occupe les fonctions de conseiller communal et de bourgmestre de Mainvault dans l'entre-deux-guerres. Les exemples ne manquent pas : soit certains étudiants de l'Union Athoise ont brigué une fonction politique locale, à l'instar d'Arthur André ; soit une fonction politique provinciale, comme Léon-Odilon D'Harveng ; soit une fonction politique nationale, comme Charles De Bruycker. Finalement, certains se sont occupés de l'une ou l'autre fonction de président ou de secrétaire au sein du Parti Catholique, à l'instar de Marcel Rolland. La connotation politique qui existe pendant les premières années de la société des étudiants athois de l'Université de Louvain va perdre progressivement de son importance pendant l'entre-deux-guerres au profit de l'aspect loisirs et amusement, pour disparaître presque complètement après la Seconde Guerre mondiale. A cette époque, le folklore régional devient un des moyens pour les étudiants d'une même région de se rassembler et de se démarquer des autres sociétés régionales. Le géant Goliath, construit en 1947, est l'élément le plus tangible de l'attachement de la Royale Union Athoise à son folklore. Une deuxième évolution peut être dégagée : si la société réunissait au départ une majorité des étudiants de l'arrondissement d'Ath, plusieurs facteurs vont modifier la vie quotidienne de l'ensemble des étudiants de l'Université de Louvain, et par conséquent leur participation aux activités des régionales : la démocratisation des études universitaires, entraînant un nombre de plus en plus élevé d'étudiants d'origine modeste, le nombre croissant de navetteurs, l'admission des étudiantes à l'Université et le caractère "bibitif" des sociétés régionales ont comme conséquence une perte de fréquentation de celles-ci par rapport au nombre d'inscriptions à l'Université de plus en plus élevé chaque année. Même si les régionales vont essayer de s'adapter aux nouvelles préoccupations socio-économiques et culturelles d'après la Seconde Guerre mondiale, elles ne rassemblent qu'une partie de l'ensemble des étudiants. Cependant, elles restent un lieu de rencontre et de divertissement pour les étudiants d'une même région, et la plupart des liens de camaraderie qui vont en résulter resteront forts, les études une fois terminées. Les événements des années 1960 mettent un sérieux coup de frein à l'existence de la plupart des régionales. Toutefois, le désir de se réunir entre amis de la même région, de participer à des activités communes, de défendre et de montrer le folklore de sa région est le moteur de la renaissance des régionales sur le site de Louvain-la-Neuve durant la deuxième moitié des années 1970. Ainsi, la Royale Union Athoise, recréée en 1979, continue ses activités jusqu'à nos jours.
Refrain : Vive Pommeroeul et à-bas Quevaucamps Jamais Pommeroeul n'a reculé (bis)
Couplet : Et quand vous entendrez Crier "Pommeroeul montez" Pommeroeul n'ayez pas peur Et montez sans frayeur (bis)
Victoire... Gouyass (ter) Pa c'que nos somm's fin fiers d'ette les pu pir's wallons e de d'moreu de no vert pays d'Ath !
La recherche de l'origine de ce chant estudiantin n'a pas été aisée, car la tradition orale est fort confuse à ce sujet: plusieurs versions sont proposées quant à l'origine de l'air et des paroles. D'une part, l'air proviendrait soit d'un chant populaire entonné lors du tirage au sort des jeunes gens devant effectuer leur service militaire (cfr témoignage de Mr. Jules Mureau), soit d'un chant de jeu de balle pelote, jeu traditionnel dans le Hainaut (cfr témoignage de Mr. Jacques Tilliet). La première version est à prendre au sérieux. En effet, cette obligation pour les jeunes gens (de 1815 à 1909) donnait lieu à des réjouissances, des cortèges et des chansons, mais aussi à des bagarres et des rixes entre personnes de différents villages : cfr Le Courrier de la Dendre, 44ème année, n°8, 21 janvier 1887, p.2. Dans le canton de Quevaucamps, ce tirage au sort était particulier : chaque jeune, village après village, devait monter un escalier pour accéder à la salle de Justice de Paix de Quevaucamps, tout cela en chansons et en musique. Ces chansons étaient simples et se composaient "d'un couplet unique et d'une ritournelle qu'on enchaînait au chant suivant", semblable au chant de l'Athoise ; l'un de ceux-ci ressemble fort au chant étudiant : "Quand Pommeroeul a eu tiré, on a crié Qu'vaucamps montez, i sont montés tout é cantant" : cfr Bernard DUHANT, Le tirage au sort dans le canton de Quevaucamps de 1815 à 1907, dans Coup d'oeil sur Beloeil. Bulletin trimestriel de l'ASPB, vol.3, 5ème année, n°17, novembre 1983, p.4-24. La deuxième version serait alors la continuation de cette ancienne rivalité entre Pommeroeul et Quevaucamps sur le plan sportif local ? D'autre part, l'origine des paroles est confuse : une version, la plus répandue, donne comme origine la première élection de l'Union Athoise, qui aurait vu le candidat originaire de Pommeroeul vaincre le candidat de Quevaucamps (cfr L'Ergot, n°7, Pentecôte 1956, p.4) ; toutefois, le premier président de l'Athoise est Emile Gorlia, Athois d'origine. Une autre version précise que lors de la renaissance de l'Athoise après la Première Guerre mondiale, les étudiants de Quevaucamps (localité appartenant pourtant à l'arrondissement d'Ath) voulaient adhérer à la Tournaisienne tandis que ceux de Pommeroeul se tournaient vers l'Athoise : cfr A Tu et Athois. Le journal des étudiants du Pays Vert, n°11, s.d. [avril 1981], p.6 ; témoignage de Mr. Jacques Tilliet. Cette dernière version semble plausible, sans preuve formelle toutefois, car un article de "L'Avant-Garde" sur l'Athoise au lendemain de la Grande Guerre fait mention de "difficultés du moment" au sein de la société tandis que "le président de l'Union Tournaisienne rappela les liens de bonne camaraderie qui avaient toujours uni les deux sociétés soeurs" : cfr L'Avant-Garde, 15 mars 1920, p.2. Pour conclure, la personnalité et l'origine d'Edmond Flasse (né à Pommeroeul le 26/10/1897) sont des éléments montrant, semble-t-il, l'implication de cet étudiant dans l'introduction de ce chant à Louvain : originaire de Pommeroeul, ayant fait ses études secondaires à Mons, il entre à l'UCL en février 1919 pour faire des études commerciales. Rapidement, il bifurque vers les études de droit. Expert dans l'art de la guindaille, il assiste aux réunions de l'Athoise (il en est le secrétaire), de la Tournaisienne et de la Boraine en 1920 ; il dirige l'Hennuyère lors de sa renaissance en 1921 : cfr L'Avant-Garde, 10 novembre 1921, p.1. Il fait entonner ce chant aux étudiants borains : cfr De Leuven à Louvain-la-Neuve..., p.78. Edmond Flasse, sans doute attaché à son village d'origine (ses articles dans "L'Avant-Garde" sont signés sous un pseudonyme : POM-REUL) est président de l'Athoise et de la Fédération Wallonne en 1921-1922, et a vraisemblablement choisi ce chant pour l'Athoise pendant sa présidence : pour quelle raison ? Quoi qu'il en soit, la première mention d'un "chant athois" date du 16 février 1922, et celle du "Vive Pommeroeul" date de l'année 1931 : cfr L'Avant-Garde, 10 mars 1922, p.5 ; 15 janvier 1931, p.3. Le cri "Victoire ... Gouyass" lancé traditionnellement par le président et repris par les Athois est contemporain de la création du géant Goliath à Louvain, lors des années 1947-1948 : cfr témoignage de Mr. Jacques Tilliet. "Pa c'que nos somm's fin fiers d'ette les pu pir's wallons e de d'moreu de no vert pays d'Ath !" : cette harangue, récitée par le président de l'Athoise en fin de chant, a été introduite lors de la réorganisation de la régionale sur le site de Louvain-la-Neuve en 1979.
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